Nous arrivâmes enfin dans la cour du ranch. Les masses d'arbres alentours étaient verdoyantes, mais pas plus dense qu'à Seattle.
Le ranch en lui-même était très grand, et malgré mes aigreurs, plutôt pittoresque. Je ne voyais pas les écuries où étaient entassés, b½ufs, cochon et chèvres. Ils devaient surement résider à l'arrière, d'après le chant de coq que j'entendais vaguement. Je m'imaginais un vieil endroit délabré, avec une cours boueuse et sale. Ca me réconfortait un peu...
Tom prit mes deux lourdes valises du bout de ses grands bras musclées, et s'avança jusque devant l'entrée. Il les posa et chercha la bonne clef dans son trousseau.
- Tu ne sonnes pas? Lui demandai-je étonné, en cherchant la sonnette des yeux.
- Maman doit dormir à cette heure. Elle ne répondrait pas. Et je ne vois pas la voiture de Sullivan. Je regardai ma montre; il était presque quatorze heure.
Il ouvra la porte en bois blanc. Je le suivis timidement dans la petite cuisine lumineuse, où flottait une odeur boisée.
- Ca doit te changer de ta petite maison urbaine! Fit remarquer Tom avec un sourire.
- Oui, tu ne peux même pas t'imaginer, grommelai-je .
- Je devrais peut-être te montrer ta chambre?- Ca serais une bonne idée, soupirai-je.
Il reprit mes valises et monta à l'étage. Je lui emboitai le pas, jusque dans un minuscule couloir. Sur l'une d'elle était accroché quelques posters et affiches. Il me guida dans la pièce d'en face; Une petite chambre aux murs étouffés de moquette grise, un bureau, une lampe de chevet, et une fenêtre aux voiles blanc cassé translucides. Il posa mes affaires sur le lit semi-deux places, et me sourit de nouveau.
- J'espère que ce n'est pas trop campagnard...
- Non, pas du tout, dis-je en étouffant un rire.
Il partit m'attendre en bas, dans la salle à manger. Je déballai quelques affaires, dont mon ordinateur portable que je posai soigneusement sur le bureau. J'entendis des pas léger et rapide, trop différents de ceux de Tom. Une voix étrangère me fit sursautée.
- Tu n'auras jamais le temps d'utiliser ton pc. Cette voix grave avaient fait courir des milliers de frissons sur ma colonne vertébrale.
Je me retournai. Un grand homme brun, à la forte carrure, aux traits
familiers, et aux yeux vert amande se tenait contre les gonds de la porte. Son visage fin était neutre et lisse. Je ne pu rester que bouche bée, tellement son charisme et sa présence m'intimidait.
- Pfff... Sale bourgeoise, cracha-t-il dans un soupir.
Mon souffle se brisa. Je me regardai: je n'avais rien d'une «
bourgeoise ». J'étais juste plus habillée que lui avec sa chemise grise et son large jean troué.
Je descendis nonchalamment les escaliers, regrettant Seattle. L'humain à besoin de beaucoup de choses pour vivre; mais en cet instant, seulment Jeff m'aurait suffit.
J'inspirai une grande bouffée d'air et ouvris la porte qui me semblait être celle de la salle à manger. J'avançai dans une grande pièce aux murs boisés et au parquet lustré. Mon oncle Tom s'était assis sur le canapé, en compagnie de son fils qui avait préféré rester debout. Il me regardait les sourcils froncés; ses yeux étaient plein d'hostilité et de mépris. Mon oncle lui, n'avait pas remarqué ma présence, et feuilletait une revue. Je fis profil bas, et m'approchai à tâtons, comme si j'essayais d'approcher un sauvage... Alors que je n'étais qu'à quelques mètres de lui, il s'en alla en grande enjambés. Je le regardais partir à travers mon épaule, et claquer la porte assez fort pour la faire résonner. Ca démarche me rappelait celle de Jeff. Devins-je parano?
- Ne t'inquiète pas, il parait sauvage mais quand tu apprendras à le connaître... Je me bouchai mentalement les oreilles. Je n'avais pas envie de connaître la fin de sa phrase.
- Il t'attend derrière la maison, pour t'expliquer le bon fonctionnement de la ferme. Voyant mon « enthousiasme » débordant, il s'avança et me prit par les épaules.
- Je comprend ce que tu ressens... Tu t'y habitueras à ta nouvelle vie; fais moi confiance. Tu vas surmonter ça comme une grande! Non, il ne comprenait rien du tout! Il me parlait comme si je ne dépassais pas un mètre trente et que je n'avais encore que neuf ans.
- Maintenant je dois y aller, le travail n'attend pas! Me dit-il en souriant.
- C'est vrai que tu as la station, me reppelai-je à moi-même. (silence)
Attend! L'interpelai-je alors qu'il s'apprêtait à tourner les talons.
Je sortis de ma poche la lettre froissée écrite rageusement dans l'avion qui était destinée à mon frère, et lui tendit.
- Tu pourrais la posté pour moi s'il te plait? Il comprit en fixant mes prunelles humides que c'était important pour moi, et il acquiesça.
Il me prit dans ses bras et partit. J'aurais voulu qu'il reste plus longtemps. Je me retournai; Sullivan se trouvait derrière la fenêtre, à me scruter dangereusement. Je baissai la tête, gênée. Quand je me redressai, il n'était plus la. Je me dirigeai vers la sortie, les bras croisé sur ma poitrine. Je poussai la porte de la sortie arrière; il faisait nettement plus frais à l'intérieur que dehors. Une chaleur sèche couva ma peau.
Il s'approcha de moi avec une démarche de routier, différente de celle que j'avais entendu dans les escaliers.
- On reste pas les bras croisé ici. Je laissai mes bras retomber le long de mon torse. Je me perdais dans ses yeux légèrement bridés et ses iris émeraude, presque translucides. Il me fit signe autoritairement de le suivre. Je lui emboitai le pas sans broncher. Le dos de sa chemise était mouillé de sueur...
- Je vais d'abord t'expliquer comment on nourrit les porcs, annonça t-il à travers son épaule, avec une certaine gêne.
Super!! Pensai-je exaspérée.
Ce gars essayait de me faire peur et voulait se faire respecter; je marche pas au doigt et à l'½il moi.
Il s'aventura confiant dans une vieille grange sombre. Il alluma la blêmes ampoule qui éclairait l'habitacle. Les quatre murs en torchis étaient recouverts de boue, ou d'autre substance dont j'interdisais mon esprit d'imaginer; ça me donnait la nausée. Je me pinçai machinalement les parties nasales et grimaça. Il me regarda, et je fis un effort pour respirer par la bouche et ne pas passer pour une «
bourgeoise».
Il se mordit les lèvres comme pour étouffer un rire.
- Tu t'y habitueras, dit-il en reprenant son sérieux.
C'était belle et bien le fils de Tom.
Je m'avançai près de lui, pour suivre ses moindres faits et gestes. Il me montra comment verser la bouillis aux cochons, et ratisser le béton. C'était très... Viril.
Il m'emmena ensuite voir les chevaux. J'ignorais complètement que mon aïeul possédait des chevaux. J'avais une frousse bleue de ses grandes bêtes, mais essayais - en vain - de le démontrer...
- Tu es déjà monté? Me demanda-t-il mielleux.
Je ne répondis pas de suite, croyant qu'il s'adressait au cheval qu'il caressait avec tendresse.
- Monter sur quoi?- Sur un cheval pardi! Me dit-il en éclatant d'un rire clair.
Je baissai la tête. Il me semblai que la réponse fut net.
- Et bien il faudra que tu te familiarise avec les chevaux, si tu veux pouvoir t'en occuper. Je croisai les bras par réflex, et laissai apparaître un moue boudeuse. Il me lança un regard fusillant; je laissai aussitôt tomber mes bras.
Il ouvrit le box du cheval et le guida dehors. J'eu le reflex de reculer vivement quand il tourna la tête vers moi. Sullivan me fit signe de rester calme.
- Si tu fais des mouvements brusques, ça risquerait de mal se finir, dit-il sérieux.
A moins que tu tiennes à finir avec un sabot dans le nez... Sa voix fut encore plus grave qu'avant. Elle me fit frissonner.
- Lui, c'est Pégaze. Il est sympa, tu peux le caresser. Ceux que j'te conseille de pas approcher, c'est Particule et Zéro. Il sont pas très commode. Un peu comme toi, pensai-je.
Mieux vaut ne pas dire tout ce qui me passe par la tête. Surtout lorsqu'il s'agit de comparer un inconnu à un cheval.
Il me prit fermement le poignet, et avança ma main vers le garrot de la bête. Je tremblai un peu, et effleurai le pelage du l'animal. Je me retirai aussitôt.
- Tu n'as pas à avoir peur, dit-il fermement.
Aller viens, je vais lui décrotter les sabots; ne reste pas derrière lui surtout. Je me glissai à côté de lui. Il m'emmena sous un petit pré-haut et calla le sabot du cheval contre sa cuisse. L'animal était réticent, mais il lui susurrait des mots et lui caressait le ventre.
- Tu as l'air très proche de tes chevaux... Murmurai-je.
Il prit un outil et me répondit sans m'adresser de regard.
- Ce ne sont pas les miens. Je ne suis pas leur propriétaire, mais plutôt leur ami, dit-il avec une certaine douceur dans la voix.
Cette réflexion m'aurait fait sourire en temps normal, mais il paraissait si sérieux, que je n'approfondis pas plus le sujet.
Il me fit visiter la ferme pendant presque trois heures. Il m'avait bien fait passer le temps; sa voix de basse me captivait et ses yeux verts profonds me fascinaient.
Je m'allongeai sur mon lit, et croisai mes bras derrière ma tête. Je fermis les yeux et rêvai de Seattle. Même si ici, je ne risquerais jamais de m'ennuyer, les boutiques, la ville, le lycée me manqueront. Maintenant, je doit me résoudre à vivre en adulte; gagner ma vie, et ne plus en profiter... Ne plus profiter de Jeff, cette pensée me tranchait l'estomac.
Des pas légers et rapides résonnèrent dans les escaliers. Sullivan ouvrit la porte.
- Descend, notre grand-mère est réveillée. Le «
notre grand-mère » me rappela que nous sommes cousin; et pourtant si distant..!
Je me levai de mon lit. Je descendis sans me faire attendre d'avantage. Dans la cuisine, une vieille dame se tenait assise dans un fauteuil roulant; ses yeux noirs étaient creusés dans ses orbites, ses lèvres étaient pincées et la peau de son visage tirées par son chignon gris. Elle tourna la tête vers moi et enfila ses lunettes avec ses mains osseuses. Son visage sembla s'éclaircir.
- Ma petite fille! S'exclama-t-elle pleine de joie.
Elle écarta les bras et Sullivan poussa son fauteuil jusqu'à mes pieds. Je me baissai pour la prendre dans mes bras. Je fus très gênée qu'elle me reconnaisse, car moi, je n'avais aucun souvenir d'elle.
Puis elle me lâcha et poussa sur ses étiques bras pour rouler jusqu'à la table; elle tira une chaise à côté d'elle et tapota le dossier de ses longs ongles jaunis.
- Viens t'asseoir! Tu fais parties de la famille maintenant! Je souris. Sa voix était réconfortante et chaleureuse.
Sullivan était très agréable et attentionné envers elle, ce qui avait tendance à l'agacée: «
lâche-moi ! Je ne suis pas encore manchote ! ». Cette phrase, elle l'avait rabâchée des
milliers de fois pendant tous le repas. Je souriais, même si je savais que cela allait m'agacée avec le temps.
Après le repas, je me proposai pour faire la vaisselle, pour m'aider à méditer, mais Sullivan était la; il réglait les déclarations comme quoi j'avais déménagé. Il m'occupait l'esprit... Esprit mélangé entre la présence étouffante de Sullivan, et le manque cruel de Jeff.
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Voila! Enfin la suite. Désolé d'avoir trainée; mais je n'est pas pu aller sur internet autrement qu'avec mon portable, et c'était pas pratique pour poster les commentaires et les nouveaux articles. D'ailleurs, je ne sais pas si j'ai réussis à rendre tous les commentaires; n'hésitez pas à les réclamer!
Dites vos impressions sur ce chapitre, votre première inpression du nouveau personnage,... Suite d'ici ce weekend, normalement!
Lâchez-vous!
:)